Fiche n°2 : Développer une dynamique

Comme tout groupe, un groupe biblique développe une dynamique en même temps qu’il est mû par elle. Cette dynamique peut être bruyante ou calme, bénéfique ou néfaste, forte ou faible, vaine ou constructive, tournant sur elle-même ou capable d’intégrer des éléments extérieurs, superficielle ou profonde. Aller de l’un à l’autre aussi, fluctuer. 

Notre culture ecclésiale sous-estime souvent cette double donnée. Nous prenons pour acquis que des personnes réunies dans une même salle pour accomplir une tâche (réflexive ou pratique) constituent d’office un groupe et que « la mayonnaise va prendre » d’elle-même. Et sous prétexte que nous sommes dans l’Église, cela devrait marcher encore mieux. Or il n’en va pas ainsi. Et ne pas en prendre conscience ou mépriser ces réalités, crée des malentendus et des attentes magiques.

 

 

Être un groupe, vraiment

Pour exister en tant que tel et éviter les travers d’un fonctionnement en mode foule ou en mode club, un groupe a besoin que des conditions soient réunies. Principalement :

  • La connaissance mutuelle des participants, au-delà de la simple connaissance sociale, et le développement de relations de confiance, de reconnaissance mutuelle.
  • L’adhésion explicite de chacun à un projet commun, fédérateur, clairement défini et réexaminé, actualisé au fil du temps.
  • La collaboration active de chacun à la réalisation de ce projet, autrement dit, la co-construction.
  • L’acceptation d’un cadre, de règles du jeu, de règles de vie.

Examiner un groupe à la lumière de ces éléments permet de prendre conscience de sa nature réelle : s’agit-il vraiment d’un groupe ou pas ?

Par exemple, dans les réunions où la lecture de la Bible a une place, voire est au centre, il est fréquent que ce soit l’affaire d’une personne, ou de quelques-unes, qui accaparent la parole, la lecture, l’interprétation du texte biblique. Elles placent de fait les autres personnes dans une attitude périphérique et passive. Celles-ci peuvent être intéressées, certes, captivées même, par ce qui est dit, mais n’étant pas elles-mêmes engagées dans la démarche de lecture, elles sont en position d’assister à un discours tenu par une personne ou par deux ou trois qui discourent ensemble. Une telle configuration ne fait pas de cette assemblée, en l’état, un groupe. Elle ne permet pas non plus de développer une dynamique de groupe.

 

Être sensible à la dynamique du groupe

Nous aurions tort de laisser à la porte de nos réunions d’Église la « dynamique de groupe » et ses ressources. Elle est révélatrice : elle nous rend attentifs au fait qu’un groupe est un organisme vivant, doté d’énergie, qui se transforme, se façonne par le jeu des relations qui se tissent entre les personnes qui le constituent, par leurs collaborations, leurs réflexions, leurs questionnements, leurs désaccords, les rapports entre l’un et les autres, etc. Et, en écho, la dynamique de groupe a des effets sur chacun, elle travaille chacun.

Cette dynamique requiert que l’on développe des « antennes » pour l’ausculter et des compétences pour lui prodiguer les traitements adéquats : l’initier si elle inexistante ; la relancer si elle est à plat, la calmer et la ralentir si elle s’emballe ; la développer lorsqu’elle s’essouffle ; la rediriger lorsqu’elle fait sortir le groupe de son cadre, de sa tâche.

 

 

L’animateur/l’animatrice biblique et la dynamique du groupe

Il joue un rôle majeur dans ce travail de discernement, d’impulsion de la dynamique de groupe et d’accompagnateur, de régulateur de cette vitalité. Il lui revient de prendre conscience des façons d’être, démarches, outils, ressources qui sont à même de nourrir une dynamique au service de la tâche qui réunit le groupe. Ici, il s’agit de la lecture du texte biblique par chacun et par le groupe. Dans cette perspective, il s’engagera lui-même et mettra à contribution les participants comme autant de personnes-ressource pour développer cette dynamique et pour réguler les forces, attitudes, rôles, qui la perturberaient ou même l’entraveraient.

Dans la situation évoquée, il est aisé d’impulser une dynamique de groupe. Il suffit de mettre le texte biblique, imprimé sur une feuille, entre les mains des participants, de leur adresser une question ouverte qui les incite à lire attentivement le texte ; après cette lecture en solo, de les inviter à partager leurs observations avec une ou deux autres personnes, tout en restant sur place ; puis de continuer à lire le texte en plénière, en mettant à profit les contributions des participants pour que l’assemblée prenne conscience de son état de groupe, de son intelligence collective, pour qu’une dynamique de groupe se mette en place, au service de la lecture du texte à plusieurs voix.

 

Le texte biblique et la dynamique du groupe

Le texte est l’élément fondateur et instituant.

  • Pour peu qu’il ait sa place dans le groupe, vraiment.
  • Pour peu que celui-ci lui consacre du temps, beaucoup de temps.
  • Pour peu que chacun et le groupe se rendent disponibles pour le découvrir, faire sa connaissance, le lire attentivement, respectueusement et en mettant à bonne distance, en interrogeant ce qu’il en sait d’avance, les représentations qu’il s’est forgé.
  • Pour peu que chacun et les uns avec les autres explorent, à tâtons, pas à pas, scrutent le texte, se laissent emporter par son mouvement, sa propre dynamique et acceptent d’entrevoir ce qu’il révèle, questionne, affirme, lui, comme personne d’autre.

 

Cette lecture-exploration est un ferment solide pour que chacun et le groupe reçoivent en surplus un élan, une vitalité intérieure et communautaire, une dynamique renouvelée – dans la reconnaissance.

Peut-être est-ce d’ailleurs à cela, fondamentalement, que l’animation biblique travaille : à la reconnaissance.

 

Sophie Schlumberger, animatrice biblique en région parisienne